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LETTRE OUVERTE DE SEKHOU SIDI DIAWARA AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DU MALI

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« Le prince (président de la République) est le dernier à pouvoir  comprendre le sens du renoncement au pouvoir », Ivan Illich.

Excellence, Monsieur le Président de la République, chef de l’État,

A  l’instar de nombreux compatriotes, j’ai appris la nouvelle « rocambolesque » selon laquelle vous prétendrez encore vous présenter aux élections présidentielles prochaines.

Après quelques temps d’observation de vos comportements et de vos intentions pour me rassurer de la véracité de la nouvelle, je me suis à nouveau imposé une autre tâche laborieuse qui va au-delà de mes compétences personnelles. J’ai encore choisi de m’adresser directement à votre auguste personnalité à travers une lettre ouverte. Mais, cette fois-ci, c’est avec un sens des responsabilités empreint de gravité que je choisis de m’adresser directement à vous, au nom de millions de Maliens meurtris dans leur chair et dans leurs âmes par la cherté de la vie et l’insécurité grandissante caractérisées par l’absence d’une vision républicaine susceptible de garantir le minimum de services sociaux de base.

Excellence, j’aurais aimé bien me sentir dans mon âme et dans ma peau de Malien si vous me permettriez de m’adresser directement à vous sans tenir compte des règles protocolaires, en m’autorisant de me plonger dans les traditions authentiques de notre pays dans lesquelles, l’enfant, en s’adressant à son père, l’appelle sous le nom de « BOUA » en signe de respect.

Mais, ayant peur du niveau de compréhension des autres, et vous sachant l’incarnation de la première institution de mon pays, je me rabaisse aux exigences protocolaires en me ramenant au modèle éducatif familial que j’ai reçu et qui m’impose le plus grand respect pour vous et pour la fonction que vous exercez.

C’est pourquoi, autant que je peux, je me forcerai d’accorder plus d’attention à mes mots et à mon style de communication. Ainsi, loin de moi l’idée de faire offense à votre personne. Si vous en trouvez une dans cette lettre, vous me verrez très malheureux et repenti. Mais l’ampleur de la nouvelle et la gravité de la situation m’exigent un style de communication et un  langage clair sans  ambages aucun.

Mais avant, Excellence, permettez-moi, d’entrée de jeu, de vous remercier du fond du cœur et de vous exprimer les plus vifs et chaleureux remerciements de millions de mes semblables compatriotes pour l’action républicaine dont vous avez fait preuve lors de la période controversée du référendum en renonçant, ou du moins , en sursoyant au processus de celui-ci. J’ose croire que vous continuerez toujours d’être sensible à l’appel et au cri de cœur du souverain détenteur du dernier mot : le peuple.

Excellence, se mettant toujours au service de ceux qui subissent l’histoire, et se proposant volontiers d’être porte-parole de millions de maliens qui n’ont pas droit au bonheur de votre gouvernance, et voyant l’arbitraire empoisonner la vie sociale malienne, je me devais de vous dire la vérité dans sa beauté nue afin que, par votre sens de compréhension, l’histoire de notre pays prenne une autre direction. Cher père, je vous prie, pour le lien sacré qui existe entre « MARAKA » et « MANINKA », de bien vouloir écouter une autre voix, celle de votre fils qui ne vous flattera pas pour conserver un poste, celle qui ne vous quémandera pas un emploi, celle qui ne fera pas votre éloge car n’appartenant pas à la société de castes. Mais celle qui vous dira la vérité dans toutes ses dimensions afin d’interroger et de mettre en cause votre conscience d’humain face aux réalités et à la conscience d’un chef d’État qui est et sera toujours le seul et l’unique responsable du cataclysme devant l’histoire.

Alors, cher père, écoutez cet autre son de cloche plein de vérité et de conseil du modeste élève et étudiant de l’enseignant Hadi Fofana de Koréra Koré, de Sidiki Konaté de Troungoumbé, d’Albert Coulibaly de Nioro du Sahel, du professeur Abino Témé de Bamako et celui du professeur Čedomir Čupić de Belgrade.

« Le plus noble et meilleur soutien que l’on puisse apporter à un prince (président) est celui qui consiste à lui dire la vérité sur le regard et le sentiment que porte le peuple sur lui », Nikola Machiavel.

En parfaite symbiose avec cette maxime, votre Excellence, il me sera d’une nécessité impériale et impérieuse de commencer par le commencement.
Excellence, vous avez été élu dans des circonstances fondamentalement particulières dans l’histoire de notre pays. Lorsqu’en 2013 vous accédiez à la magistrature suprême, nous étions autant plus heureux. Le peuple malien, dans sa grande majorité, avait cru faire le choix de celui qui défendrait chaque citoyen pour qu’il ait une vie digne, pour qu’il puisse avoir le pouvoir de résister à la cherté de la vie et se sentir dans un environnement de paix et de sécurité afin de se coucher et de se réveiller loin des bruits de canons.

 

Excellence, en 2013, l’espoir porté en vous était immense. Nous avions cru faire le choix de la rupture. Rupture dans la façon de gérer les affaires de État, rupture dans la façon de faire de la politique dans notre pays, rupture dans les rapports entre le politique et le peuple, et rupture qui permettra simplement la réalisation d’une petite action  pour souffler un brin d’espoir dans les cœurs de maliens vis-à-vis de la politique.

 

Excellence, votre élection à la tête du pays nous avait donné le sentiment et la fierté d’avoir élu et donné la chance à celui qui fera changer le cours de l’histoire, qui nous fera oublier les exploits héroïques de nos aïeux à travers l’écriture d’une nouvelle page plus rayonnante encore de l’histoire contemporaine de notre pays. Nous avons cru comprendre que vous serez cet homme providentiel qui sauvera et fera influencer les rimes et les mélodies de nos griots tant fatigués de chanter la seule et l’unique histoire de la bravoure de nos arrières parents.

 

Mais, hélas…, le temps a fait son œuvre : notre surprise fut grande, et nos sacrifices ont tendance à être vains. Nous avions et continuons toujours à assister à plus de discours que du concret, plus de remaniements ministériels que de changements des conditions de vie du peuple, plus de déclarations d’intention que d’actions, plus d’interprétations de faits que leurs réalisations, et que sais-je encore…

Votre Excellence, si le plus noble soutien pour un président est celui qui consiste à lui dire la vérité sur l’état d’âme de son peuple, alors,  je me dois de vous informer que le pauvre peuple malien, payant toujours le prix et les sacrifices ultimes d’une vie normale, mais vivant malheureusement depuis plusieurs décennies sous le poids de la misère et de la pauvreté, n’a plus d’espoir et de confiance en la politique telle qu’elle est menée dans notre pays. Le souverain peuple malien, votre Excellence, me semble-t-il est asphyxié par des promesses sans lendemain de la classe politique malienne qui l’approche seulement lorsque s’annonce la course à la magistrature suprême.

 

Excellence, votre règne est, pour ainsi dire, assiégé de lecture et d’interprétation qui, depuis les premiers mois de votre mandat, vous ont mis en cause. Vous n’avez pas choisi les aspirations qui fondent les solutions adaptées et idoines. Vous avez préféré hypnotiser les problèmes plutôt que de les résoudre en signant des accords dont les fondements ont mis et continueront toujours à mettre le pays dans une impasse totale. Votre Excellence, du fait de vos stratégies de réunification et de pacification du pays, le triomphe de la paix sur la crise, et celui de l’action sur la promesse, semblent  demeurer toujours pour les Maliens un long chemin à parcourir.

 

De sauveur à pourfendeur des valeurs et  fondements de la République ?

Non! Je m’abstiens d’une telle affirmation par respect à votre statut de chef de famille et à celui de chef suprême de la nation. Pourtant, nous sommes plus près du péril que nous ne l’avons jamais été. Le caractère unitaire de l’État est en cause depuis plus de trois ans, le pays est dans une situation de désespoir extrême, l’insécurité et le désordre règnent en maîtres partout dans le pays. L’accord d’Alger, supposé garantir le retour de la paix et de la sécurité,  est devenu une religion sans adeptes, sans principes et sans rites. Trop de sang a été versé durant ces quatre (4) dernières années et continue à être versé.  Trop d’attentats, trop d’attaques meurtrières. À côté de l’insécurité, la cherté de la vie a atteint son paroxysme, et les nuits sont devenues longues pour nos chefs de famille qui passent leur temps à gronder et à réfléchir. Et le seul espoir pour les jeunes reste encore et toujours la Méditerranée ou le giron des esclavagistes libyens.

 

Notre grande nation tant enviée et respectée dans le temps a perdu tout son poids et toute sa place dans le concert des nations. L’accueil du M.N.L.A au sien du conseil de sécurité sans passer par les autorités compétentes de notre pays n’en est-il pas un exemple indéniable ? Le Mali, berceau de grands empires, terre et source d’inspiration de grands hommes et de grandes civilisations, a-t-il encore d’influence et de considérations dignes de son histoire auprès des autres nations du monde ?

Votre Excellence, il ne me paraît pas nécessaire ici de vous rappeler que le rang des veuves de nos braves soldats tombés sur les champs de bataille et d’honneur, s’allonge de jours en jour, et une autre génération de maliens est en train de grandir dans les camps de réfugiés avec la haine dans le cœur pour être tombés dans l’oubli et abandonnés par les autorités de leur propre pays. Ce qui pourrait constituer encore une autre menace pour la stabilité et la quiétude du Mali de demain.

L’histoire, votre Excellence, me semble suivre des trajectoires qu’on ne peut plus poursuivre. Pour stopper sa (histoire) marche et changer sa direction vers une destination propice afin de nous en sortir de cette situation, votre Excellence, il nous faut emprunter le chemin inverse en engageant une nouvelle dynamique de gouvernance à l’image du Rwanda et du Botswana pour résoudre définitivement, avec des solutions endogènes, originales et originaires, les difficiles situations économiques, sociales, sécuritaires et politiques. Et cela impose un changement de leaders et de leadership.

À ce propos, et pour toutes ces raisons ci-dessus citées et bien d’autres que je ne peux citer ici, votre Excellence, je m’autorise à vous implorer, avec la plus grande modestie et humilité possible, à vous ressaisir et à prendre de la hauteur pour renoncer à l’ambition d’un deuxième mandat. En le faisant, non seulement vous aurez fait le choix de sauver votre propre pays, mais vous aurez aussi pris la plus grande et importante décision qui couronnerait éternellement de succès votre parcours politique. Cela vous permettrait de laisser votre empreinte dans l’histoire glorieuse de notre pays.

Votre Excellence, J’ose croire que dans votre propre conscience d’humain, vous tiendrez compte de cette lettre rédigée avec plus de clarté et de franchise par l’un de vos fils dont le seul et unique souhait est de voir figurer, un jour, votre nom aux côtés des grands hommes qui ont résisté au passage du temps et de l’histoire, qui ont révolutionné le cours de l’humanité à travers leurs exploits: Modibo Keita, Thomas Sankara, Nkwamé Nkrumah, Sékou Touré, Patrick Lumumba, et j’en passe…

 

Pour y arriver, votre Excellence, vous devez plus penser à aménager votre place dans le grand vestibule du Mandé pour vous constituer en sage conseiller de la nation que de nourrir encore d’autres ambitions politiques.

Espérant aborder les problèmes complexes avec un langage simple et véridique, sans vous avoir offensé, et souhaitant voir votre sagesse plaider en faveur du renoncement, le rêve de vous féliciter et de vous serrer la main un jour pour avoir compris le sens et la portée de cette lettre, je vous prie de croire, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments les plus patriotiques.

 

Belgrade, le 11 mars 2018,

Sekhou sidi DIAWARA connu sous le nom de  «SERPENT», étudiant-chercheur à la faculté des sciences politiques de Belgrade

Tel : 00381 63 7294 360

Email : diawara.sekhousidi@yahoo.fr

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